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A bord d’Air France, «le déni de la peur»

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A bord d’Air France, «le déni de la peur» , Libération 20 Mai 2016

Un paramètre complique la tâche des pilotes et personnels navigants d’Air France à chaque catastrophe : le stress. Tabou dans les cockpits, il pousse certains à exercer leur «droit de retrait». Témoignages.

A chaque catastrophe aérienne, le personnel navigant commercial (PNC) d’Air France se souvient que le risque zéro n’existe pas en vol. Mais l’attaque terroriste (pas avérée pour le MH804) est un facteur de stress que la plupart des pilotes et PNC n’avaient pas forcément intégré en entrant dans le métier. «Bien sûr qu’on y pense», lâche d’emblée un pilote sans jamais prononcer le mot «peur». Depuis l’explosion en vol de l’Airbus de la compagnie russe MetroJet (lire ci-contre) au-dessus du Sinaï en octobre 2015, cette peur, taboue dans les cockpits, est pourtant très présente dans les rangs des PNC d’Air France. «Je ne suis pas militaire, je ne pensais pas pouvoir risquer de mourir en choisissant ce métier», dit franchement Christelle Auster, secrétaire générale adjointe du SNPNC, l’un des principaux syndicats des personnels navigants d’Air France. «Pour moi, être personnel navigant, c’est comme être chauffeur de poids lourd. Il y a un certain nombre de risques, comme la faille technique, que j’accepte de prendre. Mais la menace terroriste, ça touche à mes limites», explique une autre hôtesse de la compagnie.

Cette peur nouvelle se traduit en chiffres : depuis octobre justement, le SNPNC a dénombré 209 hôtesses et stewards ayant exercé leur «droit de retrait» chez Air France. Ils ont refusé d’embarquer sur des vols desservant notamment Beyrouth, Dakar, Bamako ou Tunis. «J’ai signifié oralement à mon supérieur que désormais, et vu les conditions de sécurité, je refusais de faire certaines destinations, comme Tunis, par exemple. Pour l’instant, je n’ai plus de Paris-Tunis à mon planning de vols. Mais si un jour c’est le cas, je devrais aller voir un cadre de permanence pour exercer mon droit de retrait, ce qui entraînera une note dans mon dossier comme s’il s’agissait d’une absence», témoigne cette hôtesse d’Air France. Car si le droit de retrait est reconnu par le code du travail en cas de mise en danger grave et imminente, et toléré dans les faits par Air France, il est aujourdhui toujours considéré comme une absence non justifiée : «On nous retire systématiquement 1/30e, à savoir une journée de salaire», confirme Christelle Auster. «Contrairement à Lufthansa, la direction d’Air France refuse de reconnaître qu’il y a des destinations à risque justifiant un droit de retrait payé car il lui faudrait en plus souscrire à des assurances spécifiques pour les personnels. Ces destinations sont pourtant officiellement listées par le quai d’Orsay», s’étonne-t-elle. Résultat, les trois séances de négociations sur le droit de retrait entre les syndicats et la direction d’Air France ont pour l’heure débouché sur un constat de «non-conciliation». Et le climat social s’en ressent : «Le DRH des PNC nous a carrément dit que si l’on avait peur en montant dans l’avion, il fallait changer de métier», témoigne la syndicaliste pour qui la direction d’Air France est dans le «déni de la peur».

Même si elle est plus difficile à admettre chez eux, les pilotes n’échappent pas non plus à la peur : «On a vu des cas de pilotes exercer leur droit de retrait sur certaines destinations comme Alger, Bamako ou Conakry mais ça reste assez rare, indique Véronique Damon du Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL), Air France a d’ailleurs déjà perdu des procès contre des pilotes que la compagnie accusait d’avoir abusivement fait usage du retrait.» Le vieux clivage entre pilotes et PNC refait aussi surface ici : «En général, un pilote a toujours moyen de dire "je ne fais pas cette rotation, change-moi de vol". Nous, nous n’avons pas le choix», dit une hôtesse. Alors «personne n’est rassuré, mais on vole quand même».

La peur est au sol également : «Air France fait ce qu’il peut, avec des services d’aide psychologique en cas de stress avant un vol, mais beaucoup de PNC d’Air France ont été traumatisés par l’attaque à Bamako, où, clairement, l’équipage était visé. Nous sommes de bons petits soldats, mais désormais nous partons souvent la peur au ventre.»

Source : Libération

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