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Le travail de nuit favorise-t-il le cancer du sein ?

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Travailler la nuit ne fait pas partie des facteurs de risques qui méritent un dépistage spécifique pour le cancer du sein. C’est ce qu’on lit dans une étude de la Haute autorité de santé (HAS) publiée lundi 19 mai. Pourtant, d’autres pays, comme le Danemark, reconnaissent un lien, et les principales concernées – les infirmières et les hôtesses de l’air – se posent des questions.

Les premières études sur les liens entre travail de nuit et cancer ont été menées vers la fin des années 90 et le début des années 2000. Florence Menegaux, épidémiologiste à l’Inserm, raconte :

« Plusieurs études de cohorte portant sur des hôtesses de l’air et des infirmières avaient observé une incidence plus élevée de cancer du sein. »

En 2011, l’Inserm a publié une étude, « Cancer du sein : l’environnement professionnel pointé du doigt », qui mettait en évidence un lien « possible » :

« Les plus exposées ayant exercé dans les secteurs de la santé, de la restauration et des transports, il semblerait que la modification de l’horloge biologique ait une incidence sur les mécanismes hormonaux. De tels résultats pourraient avoir des conséquences en matière de santé publique. »

Le travail de nuit pour toutes est récent.

Les Françaises, dans l’industrie, ne sont autorisées à travailler la nuit que depuis 2002. Dans un texte sur le sujet, Patricia Mouysset, responsable du pôle chimie-toxicologie de Technologia (un cabinet d’évaluation et de prévention des risques professionnels) écrit :

« Dès 1892, le travail de nuit des femmes était interdit en France afin de les préserver de conditions de travail extrêmement pénibles. A l’époque, il s’agissait aussi de mettre le travail masculin à l’abri de la concurrence féminine. »

En 1999, la France est condamnée par Bruxelles parce qu’elle maintient cette législation contraire au droit européen, poursuit Patricia Mouysset :

« Deux solutions possibles se présentaient au gouvernement de l’époque : soit interdire le travail de nuit pour tous les salariés (ce qui apparaissait difficilement compatible avec la réalité et les besoins économiques), soit l’autoriser pour les femmes dans une logique d’égalité. Cela fut réalisé en 2002. »

Le Danemark a indemnisé des femmes.

Dans un rapport de 2010 du Conseil économique social et environnemental (Cese, PDF), on lit ainsi :

« Comme les résultats des recherches le montrent, outre les maladies cardio-vasculaires, le cancer du sein apparaît en effet comme un risque important lié au travail de nuit.

C’est pourquoi, dans le cadre d’une surveillance épidémiologique renforcée, nous pensons que des mesures particulières doivent être mises en œuvre pour les femmes. »

Le Danemark a même accordé des indemnités à 37 femmes atteintes d’un cancer, en 2008. Une hôtesse de l’air qui avait travaillé régulièrement la nuit et avait eu un cancer des deux seins, faisait par exemple partie des femmes indemnisées.

« On manque de preuves ».

Au Centre international de la recherche contre le cancer (CIRC), à Lyon, en 2007, le travail de nuit a été classé en « groupe 2A », c’est-à-dire dans le groupe des facteurs probablement cancérigènes pour l’homme.

Alors pourquoi, en France, n’estime-t-on toujours pas le travail de nuit comme un facteur de risques qui mérite un dépistage spécifique ?

Florence Menegaux, explique que la classification en « groupe 2A » reposait sur la base de preuves « suffisantes chez l’animal mais limitées chez l’homme » :

« En gros, il y a l’air d’y avoir quelque chose mais on manque de preuves. »

Plus de dix ans après les premières recherches, on n’a donc toujours pas de certitudes. Les études prennent du temps, argumente la chercheuse. Et puis d’une étude à l’autre, le travail de nuit n’est pas défini de la même façon.

« Certaines études définissent le travail de nuit comme une année entière où les femmes ont travaillé toutes les nuits, d’autres disent qu’il correspond au fait d’alterner le travail de jour à celui de nuit, d’autres disent qu’un nombre de nuits consécutives suffit à estimer qu’il y a travail de nuit… »

Le lobbying des hôtesses de l’air

Les chercheurs essayent aujourd’hui d’harmoniser leur définition du travail de nuit.

« La communauté internationale commence également à se mobiliser pour travailler ensemble, il y a de grands consortiums internationaux.

Donc petit à petit, chaque étude va recueillir les mêmes informations et ce sera plus simple de répondre aux questions. »

Du côté des salariés, il y a une véritable attente. Christophe Pillet est délégué pour Air France au Syndicat national du personnel navigant commercial (SNPNC) :

« En tant que syndicat d’hôtesses et de stewards, on fait du lobbying pour que ces questions soient réfléchies et qu’on en sache plus, pour pousser à des prises de conscience. »

Son syndicat est en train d’analyser un questionnaire distribué aux hôtesses et stewards au sujet de la pénibilité du travail de nuit et de ses incidences. Des questions ont été posées sur le cancer du sein.

« Il y a une tendance au niveau européen à faire comme si travailler de nuit, c’était comme travailler de jour, mais c’est faux. Nous voulons une reconnaissance de la pénibilité de notre travail. D’autant qu’on travaille de plus en plus vieux ! »

Si c’était vérifié, si le travail de nuit, favorisait vraiment le cancer du sein, comment pourrait-on l’expliquer ? Il y a pour l’instant trois grosses hypothèses formulées, explique Florence Menegaux.

1 La nuit, on n’aime pas trop la lumière

C’est l’hypothèse de la mélatonine. Nous ne sommes pas des vampires mais quand même… Nous n’aimons pas la lumière la nuit.

« Un humain qui dort normalement la nuit, il a un pic de mélatonine. Or quand on travaille de nuit, on est exposé à la lumière et on supprime notre pic nocturne de mélatonine.

Donc, à ce moment-là, la synthèse des œstrogènes augmente. Or elles sont un facteur de risque de cancer du sein. »

2 Travailler la nuit, ça fatigue

Ce n’est pas un scoop, travailler la nuit, ça fatigue.

« On sait que les gens qui travaillent la nuit ont un déficit chronique de sommeil, ce qui les rend moins performants. Donc la deuxième piste, ce serait une défaillance du système immunitaire. »

3 Le travail de nuit troublerait notre gène de l’horloge

La dernière piste est plus complexe, juge Florence Menegaux.

« Le fait de travailler de nuit fait que notre rythme biologique est plus perturbé. On a des gènes de l’horloge, du rythme circadien, et par la biais de petites mutations, il pourrait y avoir un facteur de risques. »

Or l’une des conséquences de ce dérèglement est justement un chamboulement hormonal qui peut favoriser les cancers.

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